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PUBLICATIONS TRIZ Books LES LOIS DEVOLUTION DES SYSTEMES TECHNIQUES
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LES LOIS D'EVOLUTION DES SYSTEMES TECHNIQUES (Fondements de la Théorie d'Évolution des Systèmes Techniques) Y.P. Salamatov, 1991-1996
1. INTRODUCTION
L'hypothèse principale de TRIZ, qui stipule qu'il existe une indépendance relative entre les processus de conception de nouveaux systèmes techniques et la volonté de l'homme, ne provoque plus aujourd'hui d'objections aussi passionnées qu'autrefois. Il faut avouer, cependant, que dans les milieux scientifique et industriel, on pense encore souvent que l'influence de l'individu est prédominante sur le caractère progressif des évolutions de la technique : "Je suis celui qui innove (conçoit, fabrique) les systèmes techniques, c'est pourquoi tout dépend de moi : si telle est ma volonté, je ferai ainsi ou autrement, le talent peut tout ! (...)"
Des trois domaines de la créativité humaine - science, technique et art - la science est le premier domaine à être privé de l'aura de l'exclusivité personnelle. Si Newton n'était pas né, quelqu'un d'autre aurait quand même formulé la loi de la gravité. Un axiome faisant de nos jours partie de la culture élémentaire d'un chercheur énonce que la science étudie des lois objectives ; par conséquent, ces lois, à la condition qu'elles soient correctement établies, sont toujours identiques, indépendamment de celui qui les découvre : bien qu'exprimées sous une forme différente, ces lois font apparaître le même contenu. Par conséquent, la voie d'évolution de la science est prédéterminée et personne ne peut la changer. Toutefois, à la différence des chercheurs, les innovateurs ne soupçonnent pas l'existence de ces lois dans l'évolution de la technique.
Cependant, pour l'essentiel, les concepts de la créativité, qu'ils relèvent de la science ou de la technique, sont très proches : l'objectif de la science consiste à obtenir des connaissances sur les propriétés de la matière ; la technique, quant à elle, cherche à utiliser ces propriétés en vue de satisfaire les besoins de l'homme et de la société. De ce fait, la technique va matérialiser les connaissances produites par la science. Ainsi, sans technique, nombre d'activités sont impossibles. On constate en effet que la civilisation perçoit sa destinée principalement au travers des transformations et des adaptations de son milieu : en plus de son milieu naturel, l'homme a conçu un milieu intermédiaire, artificiel (constitué, par exemple, de son habitation) pour se protéger ; celui-ci est sans danger et fondé sur des données scientifiques objectives. L'évolution de la technique, en tant qu'élément de l'évolution progressive de la civilisation, est un processus historique autonome soumis à des lois, qui non seulement ne sont pas dépendantes de la volonté de l'homme, de sa conscience et de ses intentions, mais bien au contraire les déterminent.
Dans cette réalité, deux processus d'évolution opposés se confrontent :
□ l'évolution de la dispersion, de la dégradation, de la désintégration, autrement dit, l'évolution du complexe vers le simple. Ceci caractérise une évolution entropique (découverte par Rudolf Clausius et Ludwig Boltzmann et formulée dans le deuxième principe de la thermodynamique) ;
□ l'évolution de la vie, le développement et l'auto-organisation de la substance animée de la planète, autrement dit, une évolution du simple vers le complexe. 11 s'agit ici d'une évolution neg-entropique (rappelons que les lois d'évolution biologique ont été découvertes et formulées par Charles Darwin).
Toutefois, l'évolution technique s'avère être une composante indissociable de l'évolution de la vie.
La connaissance d'au moins une partie de l'évolution technique facilitera considérablement à l'humanité l'atteinte de ses objectifs. Les lois d'évolution naturelle de la matière, établies par la science, ont toujours porté leurs fruits : la théorie de James Clerk Maxwell, la classification de D.I. Mendeleïev, la théorie de la structure de A.M. Butlerov et beaucoup d'autres ont abouti à une évolution par à-coups de leurs domaines de connaissances. Les lois d'évolution d'un milieu artificiel (évolution technique) sont plus difficiles à trouver, étant donné qu'elles n'ont pas d'équivalents dans les sciences naturelles. Elles représentent en effet un niveau systémique qualitativement supérieur aux lois de la nature, mais s'appuyant entièrement sur elles.
A l'opposé de la vision totalement anthropocentrique de l'innovation, on trouve un point de vue différent mais tout aussi radical : la technique évolue toute seule sans participation de l'homme ; même si les hommes jouent un rôle dans son évolution, il n'est pas plus important que le rôle que joue l'abeille dans la nature en transportant le pollen d'une fleur à une autre. Le déroulement de l'évolution technique obéissant, à ses lois aveugles, énigmatiques et mystérieuses, est-il aussi strictement prédéterminé ?
Oui et non. L'homme peut couper une branche dans l'évolution de la technique (par exemple, dans l'armement), il peut se réorienter d'une machine vers une autre à des fins d'évolution, il peut aller pendant un moment "à contre-courant" dans la technique ou devancer considérablement la science, mais il lui est impossible de changer les lois naturelles. Par exemple, l'aptitude de la lumière à choisir une trajectoire à travers différents milieux de sorte que son temps de passage y soit minimal (principe de Fermât) fera construire des appareils optiques en conséquence ; mais, et c'est le plus important, si l'on parcourt toute l'histoire de l'évolution de la technique optique, on pourra observer une certaine constante dans son évolution, obéissant à une loi universelle. On obtient des résultats encore plus spectaculaires en comparant les enchaînements d'évolution de plusieurs systèmes techniques différents : on aboutira à certaines lois d'évolution communes. Il est imaginable d'aller encore plus loin en essayant d'analyser l'évolution de l'ensemble des domaines de la technique et en concevant un modèle d'évolution technique universel ; ceci correspond, au fond, aux idées principales simples et compréhensibles de la méthodologie de recherche des lois d'évolution technique. A.P. Tchékhov a exprimé une idée très proche de ce concept : "On pourrait réunir les meilleures créations d'artistes peintres de toutes les époques et, en utilisant une méthode scientifique, saisir le caractère général de ce qui les rend ressemblantes et de ce qui détermine leur valeur. C'est ce caractère général qui sera loi..." (De la lettre à A.S. Souvorinov, le 3 novembre 1888). Ajoutons simplement que les "œuvres immortelles" dans la technique seront des innovations importantes d'un point de vue heuristique assurant un bond qualitatif dans l'évolution des systèmes techniques.
Or, la technique est créée par l'homme, par conséquent, elle est subjectivement déterminée par lui, tandis que l'évolution de la société en général est un processus historique et objectif. Comme les actions subjectives de l'homme ne s'accordent pas toujours avec des lois objectives d'évolution, seuls les résultats d'actions humaines qui reflètent des lois objectives existantes sont utiles et viables.
Il est évident que la connaissance des lois d'évolution des systèmes techniques permettra d'économiser beaucoup de forces, d'énergie et de temps. Le plus important est que cela créera les conditions nécessaires pour réaliser au moins partiellement le rêve éternel de l'humanité : contrôler des processus naturels et sociaux en se basant sur des prévisions exactes à long terme. Comme l'affirmait l'un des personnages de M. Boulgakov : "Excusez-moi, répondit doucement l'inconnu, pour pouvoir diriger il faut avoir, qu'on le veuille ou non, un plan précis pour un horizon plus ou moins acceptable. Permettez-moi de vous demander comment un homme peut diriger non seulement s'il est privé de toute possibilité d'élaborer un plan pour un avenir dérisoire, disons, d'au moins un millier d'années, et si de plus, il ne peut même pas garantir son propre avenir ? ..."
Toutes les sciences naturelles se prêtent à cette démarche de prévision à long terme. On dispose d'exemples remarquables. Ainsi, K.E. Tsiolkovski a créé un système de prévisions des voyages de l'homme dans l'espace - 16 étapes en tout et les 11 premières se sont déjà réalisées. Il a anticipé sur les besoins de l'humanité : en tenant compte des simples lois physiques et astrophysiques, il a choisi le seul chemin progressif cosmique possible de notre civilisation - il ne pouvait en être autrement.
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